Hausse du pétrole : quels impacts pour le consommateur ?

carburant1.jpgTout le monde parle inévitablement du prix du gazole à la pompe qui, dans le sillage de la hausse du baril de pétrole, a connu une inflation spectaculaire ces dernières années (le prix du gazole a plus que doublé depuis 2002), au point de devenir plus cher que l’essence. Les automobilistes se souviendront certainement de l’époque où il était très avantageux de posséder un véhicule diesel. Ce qui est moins vrai aujourd’hui. Alors, qu’en est-il de cette hausse exponentielle ?

En réalité, on observe depuis quelques années un resserrement des prix du gazole par rapport à l’essence. Nous sommes tentés de dire que cela est la conséquence de la politique gouvernementale qui profite de la turbulence du marché des matières premières (dont le pétrole) pour augmenter ses recettes fiscales. Mais pourtant, l’explication est ailleurs : le parc automobile européen et plus particulièrement français est caractérisé par une forte proportion de véhicule diesel. Dans l’Hexagone, 7 voitures sur 10 vendues roulent au gazole, contre 1 sur 2 en Europe. Aujourd’hui, 75% des voitures neuves vendues en France roulent au diesel. La forte demande de ce carburant, due à la hausse des transports routiers et la dieselisation du parc automobile européen face à une offre quasiment stable, entraîne mécaniquement une hausse du prix du diesel.

L’association de consommateurs UFC-Que Choisir dénonce une volonté délibérée de la part des compagnies pétrolières d’augmenter les tensions sur le marché du gasoil. « Aucune capacité de raffinage supplémentaire n’a vu le jour depuis 30 ans, souligne François Carlier, directeur adjoint des études. En n’investissant pas dans le raffinage, elles ont accentué le déséquilibre entre l’offre et la demande de diesel ce qui fait exploser leur profit sur le raffinage. »

 

Quel effet a joué la hausse de l’euro face au dollar dans l’évolution du prix du baril pour les Européens ?

Nous constatons que contrairement aux idées reçues, la hausse du prix du baril de pétrole a été largement atténuée par la hausse du cours de l’euro face au dollar. Ainsi, les Américains achetaient leur baril 100 le 31 janvier 2002. Le 31 mai 2008, ces mêmes Américains achètent leur baril 634. Un Européen voit le prix du baril passer de 100 à 360 sur la même période. Soit 43% moins cher. L’euro a donc joué le rôle d’amortisseur face à la hausse du prix du pétrole brut et permet aux consommateurs européens de moins ressentir ses effets.

 

La compensation de la hausse de l’euro a-t-elle été répercutée sur le prix du gazole ?

Le prix du gazole en France n’a pas plus augmenté que le prix du baril de pétrole, effet change inclus. En effet, comme nous l’avons vu ci-dessus, sur notre période de référence si le prix du baril vaut au 31 mai 2008 360, le gazole à la pompe en vaut 196. Donc une hausse largement inférieure à la hausse du prix du baril. Concrètement, si le prix du gazole a doublé, le prix du baril en euro a été multiplié par 3,6.

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Pourquoi le prix du gazole augmente-t-il autant ?

L’Union française des industries pétrolières (UFIP) estime que la hausse se justifie par une très forte demande de ce carburant, du fait de la forte proportion de véhicule diesel en France qui tire les prix à la hausse. L’UFC-Que Choisir réfute cet argument en affirmant que cette hausse est artificiellement soutenue par les compagnies pétrolières qui volontairement n’ont pas investi dans le raffinage, dont les capacités sont aujourd’hui saturées, créant ainsi une explosion du coût de ce service. Les marges antérieures faibles ont été dissuasives pour les investisseurs qui ne pouvaient voir dans le raffinage un secteur dégageant une rentabilité suffisante. Or elles ont connu, d’après l’association de consommateurs, une « croissance phénoménale ». Selon les calculs de l’UFC-Que Choisir, la marge liée au raffinage a atteint 15,7 centimes par litre de gazole en mai 2008. A titre de comparaison, en janvier 2008, elle était de 6,4 centimes et de 2,5 centimes en 1998. « A elle seule, l’augmentation de la marge de raffinage explique près de la moitié (47%) de l’augmentation du prix du diesel depuis le mois de janvier », selon l’UFC. Autre élément de comparaison : « la marge de raffinage sur l’essence reste dans ses niveaux usuels de 2 à 4 centimes au litre ».

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Quelles taxes dans le prix d’un litre de carburant ?

La Taxe Intérieure sur les Produits Pétroliers (TIPP) et la TVA représentent les principales taxes sur le carburants. A elles seules, elles constituent la 4ème ressource pour l’Etat. La TIPP est une recette pour les départements et les régions : une part de la collecte est reversée par l’Etat, afin de financer le transfert de compétences dans le cadre de la décentralisation. Elle a rapporté 17,6 milliards d’euros à l’État en 2007 et la loi de finances pour 2008 prévoit un montant de recettes de 16,9 milliards d’euros.

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Quelles solutions pour faire baisser le prix du pétrole ?

  • Augmenter la production ?

La principale réponse des pays du G8 face à la montée des cours du pétrole est de faire pression sur les pays producteurs afin qu’ils augmentent leurs capacités de production, pour faire face à une demande mondiale qui explose, sous l’impulsion notamment des puissances émergentes que sont la Chine et l’Inde, géants « énergivores ». Or, l’Organisation des pays producteurs de pétrole (OPEP), qui représente 40 % de la production mondiale, n’a que timidement augmenté sa production, cela pour deux raisons : la première parce qu’elle estime que la hausse des prix est due à la spéculation et non à un déficit d’offre, et la seconde car le pétrole est échangé en dollar et la hausse des cours du pétrole compense la perte de revenus liée à la baisse de la devise américaine sur le marché des changes. Une autre raison non moins importante : les capacités maximales de production sont actuellement pratiquement atteintes.

  • Diminuer les taxes ?

Les taxes sur les produits pétroliers représentent 50 à 60% du prix à la pompe selon le carburant. Elles rapporteront cette année près de 17 milliards €. Difficile dans ces conditions là de ne pas évoquer le retour à la TIPP flottante, instaurée par le gouvernement Jospin en 2000. Son fonctionnement est simple : en période de hausse du prix du pétrole, la TIPP baisse afin d’en réduire ses effets, et elle augmente en période de baisse des cours, afin de lisser les pertes fiscales pour l’Etat. La grande faiblesse de ce système : il faut connaitre des périodes de hausses et de baisses successives, faute de quoi il faudrait que l’Etat renonce volontairement à une partie de ses recettes fiscales

Une autre solution, proposée par N. Sarkozy, serait de plafonner le montant de la TVA sur les carburants, soit 150 millions € qui seraient affectés dans un fonds d’aide pour les personnes les plus touchées. Pour la mettre en place, cela est plus difficile qu’il n’y parait : il faut obtenir l’unanimité des pays de l’Union Européenne. Certains pays s’y sont déjà opposés. Quelque soit l’action fiscale retenue, jouer sur la fiscalité ne peut pas être une solution, mais une mesure temporaire. Or dans ce contexte hausse structurelle des cours, ni l’une ni l’autre ne sont adaptées.

  • Réduire la consommation ?

Face à une demande mondiale en forte croissance, c’est la solution la plus adaptée. Une baisse de la consommation entrainerait mécaniquement une baisse des prix. La forte fiscalité joue un rôle de modérateur car il incite à l’économie d’énergie. Cependant, cela n’empêche pas de venir en aide aux personnes les plus vulnérables face à ce surcoût par une aide ciblée, plutôt que par une mesure globale qui profiterait à la population entière. Ainsi, les habitudes changent et prennent en considération le coût de l’essence : de nos jours, les personnes à la recherche d’un logement savent que l’économie de loyer, par l’éloignement à la périphérie des villes où ils sont plus abordables, est annulée par le coût du transport. Autre tendance observée, la diversification des modes de transports : covoiturage, transports collectifs, vélo… se développent et permettent de limiter au maximum les déplacements en voiture. Même ceux qui ont les moyens commencent à faire attention à leur consommation d’essence. Les pompistes constatent des pleins plus petits et plus fréquents pour essayer de lisser les dépenses…

Mais une autre piste revient souvent pour réduire la consommation : les puissances émergentes subventionnent allègrement le carburant afin de booster leur développement économique. Une baisse progressive de ces subventions pourrait inciter à une consommation moindre. Encore faut-il qu’ils soient prêts à jouer le jeu.

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